Jamais il ne fut si compliqué d’obtenir d’Edith qu’elle écrivît l’édito du Canard en Plastic que pour cet exceptionnel numéro 3 que vous avez eu la bonne idée d’acquérir, tout au moins d’ouvrir. Il n’y a pas deux mois, Edith était en effet obstinément campée sur une position de refus. Elle n’écrirait pas cet édito, un point c’est tout. Plus grave encore : à l’écouter, c’en était définitivement terminé de la collaboration pourtant fructueuse qui nous avait unis jusqu’alors.
A force de lui demander et redemander pourquoi ce revirement soudain, nous finîmes par obtenir une explication : il n’y avait, dans ce Canard en Plastic n°3, une fois de plus et c’était une de trop, aucune plume féminine. Cette revue est une revue d’hommes, martelait Edith qui s’énervait maintenant, et plus qu’une revue d’hommes, j’irai jusqu’à le dire : une revue machiste ! Nous en restâmes comme deux ronds de flan. L’on s’observa le temps de reprendre nos esprits.
– Mais, finis-je par lâcher en désespoir de cause (car, ne me connaissant la moindre habileté à la plume, je ne me voyais pas pondre moi-même cet édito), un Canard en plastic sans édito d’Edith, pour moi c’est comme...
Edith leva la main pour m’arrêter. Pas de comparaisons profanes surtout, dit-elle. Peut-être pensait-elle au baiser sans moustache ou au rosbif sans moutarde, on ne le saura jamais.
Comment nous parvînmes à convaincre Edith ? Cela se résume en 4 points (A, B, C et D) qui lui furent exposés dans la plus grande clarté. A – Nous comptions une proportion de lectrices et de lecteurs répondant rigoureusement au taux national de répartition des sexes chez les lecteurs de Canard en Plastic et personne ne s’était jamais plaint d’une surreprésentation masculine dans la revue (nous tenions nos statistiques à sa disposition ainsi que l’intégralité de notre courrier des lectrices). B – Une femme avait non pas écrit mais dessiné dans le Canard en Plastic n°2. Accordait-elle donc à l’écriture et au dessin des valeurs si différentes qu’elle n’eût pas considéré cette présence à sa juste valeur ? C – A travers le monde, Edith comptait un nombre de fans dépassant largement la centaine. Ceux-ci ne méritaient pas d’être pénalisés à cause d’un fait qui n’était pas du leur. D – Dans ses comptes, Edith avait oublié une plume féminine, et pas des moindres puisqu’il s’agissait de la sienne propre. Dès lors, si Edith n’écrivait pas cet édito, il n’y aurait en effet définitivement aucune femme dans ce n°3. Et partant, ne pas écrire cet édito, n’était-ce pas aller à l’encontre des idées qu’elle défendait bec et ongles, fertiliser elle-même un terrain propice à critique d’une manière totalement perverse ?
Nous eûmes donc raison des réticences d’Edith. Ouf ! Elle nous obligea tout de même à ajouter une clause au contrat qui nous liait : il y aurait, dans le n°4, outre la sienne et au minimum, une seconde plume féminine. Nous profitons donc des dernières lignes de cet édito pour reprendre à notre compte les mots de Baudelot et Establet : « Allez les filles ! »
mardi 11 septembre 2007
samedi 8 septembre 2007
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